Voyage à Vintimille

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Voyage à Vintimille

 

Depuis longtemps nous entendons à la radio et voyons sur nos écrans des images ahurissants d’hommes, femmes et enfants, apeurés, et affamés, sur la mer, dans les camps, dans les rues de Paris, derrière des barbelés aux frontières hostiles…….

Quoi faire ? Comment rester là chez nous dans notre confort sans rien faire ?

L’année dernière à Pézenas, lors d’une  ‘Journée pour les Migrants’, nous avons rencontré plusieurs associations de la région, tous préoccupées par leur sort. La rencontre avec Languedoc Solidarité avec les Réfugiés (LSR) nous a permit d’intégrer un groupe de gens déjà active et engagé. Ils travaillaient en lien avec la Cimade de Béziers et soutenaient plusieurs familles de Syriens

Il y a un mois nous avons décidé de lancer une collecte de vêtements et de nourriture pour les migrants bloqués à la frontière Italienne, et dans la Vallée du Roya. L’hiver approche et la situation à Vintimille est terrible, avec des centaines de jeunes hommes dans la rue, vivant sous les ponts de l’autoroute. Ils n’ont rien et dépendent entièrement des dons et de l’aide de Caritas qui distribue vêtements et nourriture tous les jours.

 

Avec l’aide de la mairie de Campagnan qui a fait des photos copies à mettre dans les boites à lettres, la collecte était en route. LSR a lancé l’appel à tous les adhérents et nous a donné son soutien et promesse de financer les frais du voyage avec les donations financières.

La réponse a été extraordinaire. Tous les jours quelqu’un arrivait à la maison chargé de cartons ou de grands sacs, remplis de vêtements chauds, chaussures, nourriture et médicaments. Les donations  venaient du village, des Hauts Cantons, et de villages autour de Béziers. Nous avons reçu même un carton préparé par un monsieur du village de 93 ans. Il nous a dit, «pendant la guerre à l’âge de treize ans j’étais moi-même réfugié sur les routes de la France avec  ma famille. On oubli pas une telle chose.» C’était très émouvant de voir tant de générosité et d’empathie.

Après un mois de collecte et de tri, avec les cartons qui s’entassaient, il y avait de quoi bien remplir un fourgon de 14m. Heureusement Claire Antoine nous a proposé de nous aider à faire le tri et tout stocker dans sa remise de la Grande Maison. Il y avait trop de cartons, de sacs et plus de 70 couvertures pour notre garage.

Vintimille 8 novembre

 

Nous sommes finalement partis le 8 novembre à 5H du matin pour Vintimille, et sommes

arrivés après 5 bonnes heures de route devant Caritas sous les trombes d’eau. Caritas fait un travail extraordinaire, et dans les conditions très difficiles. Ils s’occupent des migrants qui n’ont rien que la rue comme lieu de vie. Quel choque de voir tous ces pauvres gens patiemment faire la queue sous la pluie pour recevoir à manger, se faire soigner ou trouver une paire des chaussures sèches.  Sans l’aide des associations et les nombreuse bénévoles ces gens périraient dans la rue.

 

 

Comme vous pouvez l’imaginer, nous étions accueillis avec les sourires de gratitude.  Nous sommes repartis une heure plus tard, le cœur serré, sachant que tous ces hommes aller passer la nuit sous la pluie, sous une couverture par terre sous le pont de l’autoroute.

La deuxième halte était pour livrer de la nourriture à une ferme près de Sospel au nord de Menton. Une route magnifique baignée dans les vives couleurs d’automne nous a amené à une communauté de jeunes, tous volontaires, qui font la cuisine pour les migrants. Tous les soirs ils descendent jusqu’à Vintimille avec de quoi nourrir parfois 300 personnes. Ici ils vivent sous la tente. Il commence à faire froid, mais cela ne les empêche pas d’avoir le sourire et travailler avec bonne humeur. Plusieurs d’entre eux ont déjà passé des mois comme bénévoles dans le Jungle de Calais ou de Dunkerque, dans les conditions très pénibles.

La route du retour nous a amené à Sainte Maxime où il y une groupe d’une trentaine de migrants, la plupart Afghan, qui sont logés dans un foyer. Avant ils étaient tous à Paris dans les rues, et sont maintiennent au sec, au chaud, avec une petite chambre individuelle et une cuisine partagée. Mais ils n’ont que 43€ par semaine pour vivre, manger, prendre le bus pour aller à la Préfecture à Toulon afin d’accomplir tout ce qui leur est demandé sur le plan administratif.  Ils ont le droit d’aide par les services sociaux, mais les services sont très mal informées sur le problème des réfugiés, et peu intéressées. Les cours de Français sont obligatoires, mais le professeur ne vient que de temps en temps. Comment dans des conditions pareilles peuvent-ils s’en sortir ?

Nous sommes arrivés avec des vêtements et pleine de nourriture. Des boites grand format de légumes, du riz, du boulgour, de l’huile, des épices, des gâteaux, du chocolat et encore ! Nous étions leurs invités, donc dès notre arrivée ils nous ont offert du chai. Ensuite ils ont déchargé le fourgon. Pendant ce temps un d’eux préparé  le repas. Comment refuser un tel accueil ? Ils ont posé une nappe au sol, et apporté du pain, et deux plats d’haricots et du riz épicés et délicieux.

C’était un moment de partage précieux, inoubliable, assis par terre dans la petite chambre entourés de 12 jeunes hommes, qui nous offraient tout ce qu’ils avaient à partager.  Ils nous ont parlé de leurs combats, leurs voyages, leurs familles et leurs rêves, avec le peu de mots qu’ils avaient d’Anglais ou de Français. Quelle dignité, quelle force de caractère, quelle patience devant l’attente infernale et l’inconnu. Les jours sont longs, ils n’ont rien à faire, et l’ennui  est difficile pour les jeunes. Ils rêvent de jouer au cricket comme avant chez eux. Nous allons donc essayer de leur trouver une batte et une balle.

Et l’avenir ? Pour certains c’est le renvoi chez eux,  vers un pays en guerre où ils ont déjà tout perdu ; pour d’autres la possibilité de rester en France,  recevoir leurs papiers, travailler, trouver leur place ici et refaire leur vie.


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