On casse nos tirelires

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On casse nos tirelires

Avoir des enfants a beaucoup refréné mon activisme. Je ne suis pas de ces mères qui traînent leurs enfants en manif dans un porte-bébé ou une poussette. Je me comptais chanceuse d’arriver seulement au terrain de jeux! Ces dernières années, mon attention s’est portée sur mon foyer. C’est normal, je le sais, mais récemment, je me sens plus prête, prête à l’action comme je ne l’ai pas été depuis longtemps.

Et heureusement, parce que je suis en Europe, et l’Europe est en crise. Le mois dernier, je me suis trouvée plongée dans l’action directe (ou m’y suis jetée) pour aider des familles syriennes herbergées près de chez nous dans le Languedoc. Mes amis et ma famille le savent bien, parce que je poste en ligne, j’envoie ici et là par courriel les mises à jour, je fais des appels aux dons, je partage des pétitions et des comptes rendus déchirants depuis les tranchées dans d’autres régions. Pour ce travail, je passe pas mal de temps en ligne, mais la plupart du temps je suis assez stricte avec moi-même à propos du temps que je passe en famille et du temps que je me permets de passer sur le téléphone ou devant l’ordinateur. Seulement pas trop, récemment…
Cela signifie, bien sûr, que depuis un mois je ne fais quasiment plus la vaisselle. Je n’ai guère joué à Serpents et Echelles (bien, je ne me préoccupe pas trop de ces deux choses-là.) Pour la plupart, mon mari a pris le relais, il va chercher les enfants à l’école, mais il ne range pas le bazar dans le salon. Et tout en négligeant lamentablement mes petits gosses si privilégiés, je me rappelle ce qu’ ils apprennent en nous regardant faire, en nous écoutant.

Ma fille de sept ans est profondément curieuse de connaître le travail que je fais ces derniers temps. Comme vous pouvez l’imaginer, elle me pose beaucoup de questions. Et la plupart d’entre eux sont en plein dans le mille.

« Pourquoi ne pouvons nous pas leur donner tout simplement une maison? » « Ça dure combien de temps, une guerre? » « Maman, pourquoi nous les emmenons pas faire les courses pour choisir eux mêmes leur épicerie? » « Ne peuvent-ils pas nous donner une liste de courses, alors nous serons sûr d’acheter la nourriture qu’ils aiment? »

Et ce matin, elle s’est glissé dans mon lit pour me faire des câlins, et le premier mot qui sort de sa bouche est, « Maman, combien d’enfants de réfugiés y a-t-il? »

« Pourquoi chérie? Dans le monde ou à Béziers? »

« Ici, à Béziers. »

« Environ 15-20, je pense, pourquoi? »

« Parce que je veux partager mon argent avec ces enfants. »

Je suis descendue prendre mon premier café de la journée, et bientôt la voilà qui entre dans la cuisine, se promenant , sac en plastique en main, et la moitié de sa tirelire en dedans. De plus, elle a convaincu son petit frère de partager lui aussi la moitié de son argent, pas une mince affaire. Quelques heures plus tard, je remets les dix euros en pièces à mon voisin qui roule vers Alès avec l’une des familles que nous avions rencontrée à Béziers. Un logement social leur était accordé. Mes enfants avaient rencontré les leurs la semaine dernière. « Cinq euros chaqu’un » m’avait déclaré ma fille, « pour mes nouveaux amis pour acheter ce qu’ils aiment pour leur nouvelle maison.”

On lit souvent qu’il nous faut nous déconnecter de la Toile pour prêter plus d’attention à nos enfants. Et si, en nous connectons avec quelque chose de plus grand que nous-mêmes, plus grand que nos propres familles, nous nous connections ainsi avec nos enfants aussi ? Nous leur donnons la chance de porter leur regard au-delà de leurs propres foyers. De comprendre qu’ils peuvent partager ce qu’ils ont. Que le monde n’est pas toujours équitable, mais qu’ils peuvent faire leur part pour le rendre meilleur. Et sinon, comme l’un de mes collègues l’a dit: « Nous pourrions toujours créer un groupe Facebook pour nos pauvres enfants négligés.


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